Lhomme le plus riche dAfrique, lindustriel nigérian Aliko Dangote, a construit la plus grande raffinerie de pétrole mono-train au monde ā Lekki, dans la banlieue sud de Lagos. Dune capacité de traitement de 700 000 barils de brut par jour, cette installation produit depuis 2024 des produits pétroliers tels que le diesel, lessence et le kérosčne destinés aux marchés africains et mondiaux.
La raffinerie de Dangote a toutefois pris une importance nouvelle à la suite des perturbations énergétiques majeures causées par le blocus du détroit d’Ormuz – conséquence de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran. De nombreux gouvernements et entreprises occidentaux s’approvisionnent désormais en pétrole raffiné et en kérosène auprès de cette installation de Lagos. Le fait que le Nigeria exporte des produits finis, plutôt que du pétrole brut, vers des clients occidentaux à une telle échelle marque un tournant pour l’Afrique – et pour l’industrie énergétique mondiale.
Fort du succès de cette méga-raffinerie, Dangote a déjà rencontré les présidents du Kenya, de la Tanzanie et de l’Ouganda afin de planifier la construction d’une deuxième raffinerie à Lamu, au Kenya, destinée à approvisionner l’Afrique de l’Est. Cette nouvelle raffinerie s’approvisionnerait en pétrole brut en Ouganda, au Kenya, en République démocratique du Congo (RDC) et au Soudan du Sud.
La stratégie de Dangote offre trois enseignements majeurs aux chefs d’entreprise et aux dirigeants politiques africains qui considèrent l’industrialisation comme la clé de la transformation économique du continent. Tout d’abord, la réussite de Dangote démontre que les ressources naturelles et les matières premières abondantes de l’Afrique peuvent être transformées en produits à valeur ajoutée sur le continent, puis exportées vers les marchés mondiaux. Une telle capacité peut s’avérer essentielle en période de crise, comme lors de la guerre contre l’Iran, mais elle est tout aussi importante en période plus calme, car elle permettrait aux économies africaines de renforcer leur compétitivité et aux entrepreneurs africains de s’intégrer plus facilement dans les chaînes de valeur mondiales.
Deuxièmement, une telle stratégie fonctionne bien pour les ressources qui, comme le pétrole, font l’objet d’une forte demande mondiale. L’Afrique en dispose en abondance : coltan, cobalt, uranium et autres minéraux critiques et terres rares en RDC ; fèves de cacao, noix de cajou, caoutchouc et autres produits agricoles en Côte d’Ivoire ; ainsi que minerai de fer et bauxite en Guinée.
Grâce à des politiques industrielles cohérentes et aux investissements d’entrepreneurs locaux et d’entreprises internationales, ces ressources pourraient être transformées sur place en produits finis ou semi-finis, puis vendues en Afrique ou sur les marchés mondiaux. L’impact serait transformateur. La RDC pourrait gagner des milliards de dollars en affinant le coltan destiné aux smartphones et aux ordinateurs portables, ou le cobalt destiné aux batteries de véhicules électriques, en tirant parti d’industries en pleine expansion. De même, la Guinée pourrait tirer davantage de ses ressources en exportant de l’aluminium, qui s’est récemment négocié à plus de 3 000 dollars la tonne à la Bourse des métaux de Londres, plutôt que de la bauxite brute séchée, dont les prix tombent généralement en dessous de 100 dollars la tonne.
Enfin, Dangote a tracé la voie à suivre pour les décideurs politiques du continent en parvenant apparemment à convaincre trois chefs d’État africains de mettre en commun leurs ressources et de s’engager dans un partenariat public-privé innovant qui fournira à l’économie régionale le carburant raffiné dont elle a tant besoin. Les dirigeants africains doivent redoubler d’efforts pour favoriser la collaboration transfrontalière, notamment par le biais d’organisations régionales, afin d’attirer des investissements importants dans l’industrie manufacturière et d’autres infrastructures essentielles.
Pendant bien trop longtemps, les pays africains ont refusé de s’engager dans de tels partenariats gagnant-gagnant, malgré les nombreuses unions économiques régionales du continent. La tendance des acteurs économiques agissant en solitaire à se tourner vers le protectionnisme et à se détourner des efforts visant à construire de grands marchés régionaux a néanmoins commencé à changer avec la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine – une occasion rare d’accroître les exportations de produits manufacturés et le commerce intra-africain.
Après s’être constitué une immense fortune, Dangote s’est engagé à aller au-delà de l’investissement à but lucratif pour se concentrer sur l’industrialisation de l’Afrique. Il est déterminé à laisser un héritage et à mettre en place des chaînes de valeur locales afin de fournir les biens essentiels consommés par l’Afrique – et le reste du monde. Il existe d’importantes opportunités d’investissement de ce type à travers le continent, ainsi que des capitaux africains considérables qui ne demandent qu’à être mobilisés. Tout ce dont le continent a besoin, c’est que d’autres dirigeants suivent l’exemple de Dangote.
par Koffi Alle


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