Aux alentours de Nol, le prsident amricain Donald Trump sen est pris une nouvelle fois de manire xnophobe et dshumanisante aux migrants somaliens prsents au Minnesota, les qualifiant de dchets indsirables, et parlant de gangs somaliens envahissant ltat, cumant les rues la recherche de proies . Peu de temps aprs, Trump dployait Minneapolis et Saint Paul plusieurs milliers dagents fdraux dans le cadre dune vaste opration de rpression, qui a dclench des troubles gnraliss, et entran la mort des citoyens amricains Renee Good et Alex Pretti.
Les commentaires de Trump et les violences perpétrées dans le Minnesota n’ont rien à voir avec l’ordre public ou l’application des lois sur l’immigration. Ils reflètent davantage chez Trump une obsession de longue date pour la diaspora somalienne, qui finit par symboliser tout ce que le président américain estime être mauvais dans le système d’immigration américain.
L’une des cibles les plus fréquentes des invectives de Trump n’est autre que la députée somalo-américaine Ilhan Omar, arrivée aux États-Unis à l’âge de 12 ans, après avoir fui la guerre civile en Somalie, et passé quatre ans dans un camp de réfugiés au Kenya. Trump ne cesse de la tourner en dérision, lui reprochant d’être « constamment emmaillotée dans son hijab », et a laissé entendre que le département de la Justice enquêterait sur ses finances, ce qui a provoqué une multiplication du nombre de menaces de mort à l’encontre de la parlementaire.
Trump a également formulé à plusieurs reprises de fausses accusations selon lesquelles Ilhan Omar serait entrée illégalement aux États-Unis, et aurait épousé son frère pour obtenir la citoyenneté. La députée a réagi en minimisant l’importance de l’obsession « effrayante » de Trump à son égard, et condamné le profilage racial flagrant appliqué par son administration.
Trump ne se contente pas de dénigrer les migrants somaliens, rabaissant en effet également leur pays d’origine, qu’il décrit comme « l’enfer », comme « le pays le plus exécrable et le plus corrompu au monde ». Lors d’un rassemblement politique en Pennsylvanie, Trump a reproché à la Somalie de manquer d’institutions fonctionnelles, ajoutant que ses habitants ne comprenaient « pas même ce que signifie le mot parlement. Ils n’ont rien. Ils n’ont pas de police. Ils se contrôlent eux-mêmes. Ils s’entretuent constamment ».
Cette hostilité a contribué à façonner les politiques d’immigration de l’administration actuelle. Au mois de novembre, Trump a annoncé son intention de révoquer le statut de protection temporaire d’environ 700 migrants somaliens, les exposant ainsi à un risque d’expulsion.
Ajoutant de l’huile sur le feu, Trump s’est emparé d’une affaire de fraude très médiatisée dans le Minnesota, dans laquelle 78 personnes, pour la plupart somaliennes, ont été accusées d’avoir détourné environ 250 millions $ de fonds fédéraux destinés à nourrir des enfants durant la pandémie de COVID-19. Bien que le cerveau derrière ce stratagème soit une femme américaine blanche, Trump continue d'affirmer que les migrants somaliens sont responsables de « 90 % » de cette fraude.
Les attaques de Trump contre les communautés somaliennes ne sont pas arbitraires ; elles s’inscrivent dans le cadre d’une plus large campagne visant à diaboliser les migrants de couleur en les présentant comme des criminels et des menaces pour la civilisation, qui « empoisonnent le sang de notre pays ». Cette logique a été clairement exposée en novembre, lorsque Trump a menacé de mettre fin à toutes les prestations fédérales pour les non-citoyens, et d’expulser ceux qu’il jugeait « incompatibles avec la civilisation occidentale ».
Tout cela n’a rien de surprenant. Trump est en effet entré dans l’arène politique en promouvant la théorie du complot dite « birther », qui prétendait à tort que le président Barack Obama n’était pas né aux États-Unis. Plus récemment, Trump a été contraint de supprimer un message publié sur Truth Social, représentant Obama et sa femme Michelle sous les traits de singes. Au cours de son premier mandat, Trump avait également invité Ilhan Omar ainsi que ses collègues représentantes démocrates Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib et Ayanna Pressley – toutes femmes de couleur, dont trois sont nées aux États-Unis – à « retourner » dans « leur pays ».
La vision de Trump pour les États-Unis se définit autant par les individus que l’actuel président accepte dans le pays que par ceux qu’il entend maintenir à l’écart. Au cours de son premier mandat, Trump avait affirmé la nécessité pour les États-Unis de refuser tous les migrants originaires de « pays de merde », au profit de migrants « sympathiques » en provenant de Norvège, de Suède ou du Danemark. Niée à l’époque, cette déclaration a depuis été réitérée par Trump. Au cours de son deuxième mandat, alors même que l’administration refusait la plupart des demandes d’asile, le gouvernement américain a fait une exception pour les agriculteurs sud-africains blancs, dont Trump prétendait de manière absurde qu’ils étaient victimes d’un « génocide » perpétré par leur gouvernement conduit par des dirigeants noirs.
De même, la réalité de l’existence des Somalo-Américains aux États-Unis fait s’effondrer la caricature raciste promue par Trump. Le président américain a beau qualifier de majoritairement illégale la présence de cette communauté dans le pays, près de 58 % des Somalo-Américains sont nés aux États-Unis, et 87 % des Somaliens nés à l’étranger sont des citoyens naturalisés. Au fil des années, ces citoyens ont bâti des communautés dynamiques et bien intégrées à travers le pays, travaillant comme enseignants, agents de police, entrepreneurs, médecins et représentants élus.
En Somalie même, le démantèlement par Trump de l’Agence américaine pour le développement international a exercé un impact dévastateur sur le fragile secteur de la santé du pays. L’aide humanitaire américaine étant passée d’une moyenne annuelle de 450 millions $ au cours de la décennie précédente à 128 millions $ au cours des neuf premiers mois de l’année 2025, plusieurs dizaines de centres médicaux ont été contraints de fermer, laissant environ 300 000 personnes sans accès aux services de santé et de nutrition. Alors que Trump s’apprête à supprimer les protections accordées aux migrants somaliens aux États-Unis, ses actions aggravent les conditions dans le pays vers lequel il entend les expulser.
Ironie de la situation, la présence d’importantes communautés somaliennes aux États-Unis est en partie la conséquence de l’implication des États-Unis dans la guerre civile qui ravage la Somalie depuis 1991. Durant la guerre froide, l’Amérique a armé et financé le régime autoritaire du dictateur somalien Siad Barre, dans le cadre de la rivalité stratégique américaine avec l’URSS, qui soutenait alors l’Éthiopie marxiste dans une guerre qui a ravagé la Corne de l’Afrique. Lorsque le régime de Barre s’est effondré, la Somalie a sombré dans le chaos. L’instabilité qui en a résulté a favorisé la montée en puissance de groupes extrémistes tels que la branche d’Al-Qaïda, Al-Shabab, qui contrôle aujourd’hui près d’un tiers du pays, et qui a poussé de nombreux Somaliens à chercher refuge aux États-Unis.
Ces faits historiques, de même que le rôle joué par les États-Unis, ne sont mentionnés nulle part dans la description que fait Trump des migrants somaliens, présentés comme des intrus étrangers. Cette omission est révélatrice : l’obsession de Trump pour la Somalie ne concerne pas réellement le Minnesota, ni même la Somalie ; elle est emblématique des efforts que déploie le président américain pour subordonner la politique d’immigration à une croisade culturelle dans laquelle il se présente comme le dernier défenseur de la civilisation occidentale.
Par Adekeye Adebajo


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