Lan dernier, lors du premier Forum de Berlin sur la mobilit climatique, les dirigeants de pays vulnrables dAfrique, dAsie du Sud, du Pacifique, des Carabes et dailleurs ont insist sur une ralit urgente et trop souvent nglige : le changement climatique menace non seulement la plante, mais galement les populations qui lhabitent. mesure que les effets du changement climatique sintensifient, les communauts les plus exposes sont confrontes des choix de plus en plus difficiles. Certaines personnes dcident de rester afin de prserver leurs traditions culturelles et leurs moyens de subsistance, malgr des risques croissants. Dautres estiment navoir plus dautre choix que de quitter leur foyer. Des communauts entires sont parfois contraintes de se dplacer.
Les individus ne peuvent bien entendu résoudre le problème à eux seuls. Il a été largement reconnu lors du forum que les États devaient affecter les ressources en fonction des besoins les plus urgents, et soutenir les communautés dans la planification de leur adaptation. Or, un an plus tard, à l’approche du deuxième Forum de Berlin sur la mobilité climatique, qui aura lieu les 18 et 19 juin, les cadres politiques mondiaux et nationaux demeurent insuffisants et fragmentés.
Lorsque des catastrophes soudaines telles que des tempêtes, des inondations et des feux de forêt provoquent des déplacements de population, les dispositifs d’intervention d’urgence des États consistent à fournir de l’aide, avec plus ou moins d’efficacité. Seulement voilà, au-delà de la phase d’urgence, les personnes déracinées par les catastrophes se retrouvent parfois dans l’impossibilité de reconstruire ou de rentrer chez elles, ce qui nécessite des solutions à long terme. Si la plupart des personnes déplacées pour des raisons climatiques demeurent à l’intérieur de leur pays, celles qui franchissent les frontières sont confrontées à un défi supplémentaire : elles répondent rarement à la définition de « réfugié » au sens du droit international, évoluant ainsi dans une zone grise juridique qui rend difficile leur protection face aux menaces.
La situation est encore plus complexe lorsque le changement climatique détériore progressivement les conditions de vie. Alors même que les personnes contraintes de se déplacer le font par nécessité et non par choix, les mécanismes publics d’aide aux migrants déplacés des zones rurales vers les zones urbaines, ou les dispositifs leur conférant un statut juridique, restent limités. Les individus qui demeurent dans des zones gravement touchées risquent de sombrer encore davantage dans la pauvreté, et de devenir de plus en plus vulnérables. Les négociations sur le climat, les pactes relatifs aux migrations et les cadres de réduction des risques de catastrophe font tous partie de la solution, mais n’apportent dans leur individualité aucune réponse globale. Ces efforts demeurent cloisonnés et de nature réactive, avec pour conséquence une mauvaise préparation des communautés aux risques liés au climat.
Une approche nouvelle est nécessaire d’urgence. Une première étape essentielle doit consister à établir un langage commun pour décrire cette réalité complexe et profondément humaine. Le concept de mobilité climatique englobe avec précision différents types de mouvements – déplacements contraints, migrations et réinstallations planifiées, mais également risque d’immobilité – motivés par les effets destructeurs des catastrophes climatiques soudaines ou à évolution lente, qui se produisent à l’intérieur des frontières et au-delà.
Deuxièmement, il est nécessaire que les dirigeants politiques élaborent un plan d’action approprié. Les Principes mondiaux sur la mobilité climatique, qui seront présentés pour adoption lors du forum de ce mois-ci, répondent précisément à ce besoin.
Ces principes volontaires et non contraignants ont été conçus pour compléter et consolider le droit international ainsi que les engagements politiques existants, parmi lesquels l’Accord de Paris sur le climat, le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe, le Pacte mondial pour les migrations, ou encore le Programme de protection de l’Initiative Nansen. Aspect important, ces cadres formulent des objectifs communs – défense de l’autonomie et des droits humains, mise en œuvre de mesures d’adaptation au niveau local – sur lesquels les différents secteurs et parties prenantes peuvent s’aligner.
Ces principes visent à protéger le droit des personnes de demeurer sur place, en menant des actions en faveur du climat, ainsi qu’en promouvant une adaptation gérée localement, tout en offrant des possibilités de migration sûres, légales et dignes à celles et ceux qui se déplacent par nécessité ou par choix. Ils entendent plus largement garantir la mise en place de cadres juridiques pour les personnes déplacées en raison du changement climatique, préserver l’intégrité territoriale des États menacés par l’élévation du niveau de la mer, sauvegarder le patrimoine culturel, et fournir aux communautés les plus exposées des données climatiques, des systèmes d’alerte précoce ainsi que des financements. Tel est le cadre cohérent qui fait à ce jour défaut dans la réponse mondiale.
Une dynamique progresse actuellement en faveur de l’adoption de ces principes, remettant en cause l’idée selon laquelle la compétition géopolitique aurait réduit la marge de manœuvre de la coopération internationale. Des coalitions d’États, de villes, d’organisations de la société civile, de groupes autochtones, d’entreprises privées et de communautés touchées démontrent avec détermination qu’il est possible de forger un nouveau multilatéralisme. Bien que certains gouvernements se retirent aujourd’hui de leurs engagements mondiaux, un consensus se dessine autour de l’importance d’inscrire les personnes et les données factuelles au cœur des préoccupations, afin d’obtenir des résultats concrets dans la lutte contre le changement climatique.
Après l’adoption vient la mise en œuvre. Le deuxième Forum de Berlin sur la mobilité climatique vise à lancer un vaste processus multipartite d’application de ces principes. L’objectif consiste à bâtir des coalitions engagées, regroupant communautés impactées, gouvernements pionniers, organisations régionales, système des Nations unies, institutions financières et spécialistes, dans le but de présenter un plan de transition communautaire d’ici juin 2027.
Le changement climatique déracine d’ores et déjà des communautés, et appauvrit les personnes qui demeurent dans des zones vulnérables. Si toutefois nous agissons avec prévoyance et solidarité, nous pouvons veiller à ce que ceux qui partent conservent leurs droits, et à ce que ceux qui restent puissent le faire dans la dignité. Les Principes mondiaux sur la mobilité climatique ouvrent un chemin en direction de cet avenir. Nous devons prendre la décision de le suivre.
Par Carlos Alvarado-Quesada et Mokgweetsi Masisi


JDF TV
L'actualité en vidéo