Il ny a encore pas si longtemps, lorsque les conomies dveloppes ternuaient, les marchs mergents senrhumaient. Ce nest plus le cas aujourdhui. Face aux rcents chocs mondiaux, parmi lesquels la flambe de linflation postpandmique et la nouvelle vague de droits de douane, les marchs mergents ont bien rsist. Linflation a continu de ralentir, les monnaies ont globalement conserv leur valeur, et les cots dmission de la dette sont rests des niveaux grables au sein de ces marchs. Aucun signe de turbulences financires du type de celles qui avaient accompagn les chocs conomiques passs na t observ.
Plus encore, les marchés émergents ont renforcé leur rôle de moteur clé de la croissance mondiale, leur part dans l’économie mondiale ayant plus que doublé depuis l’an 2000. À eux seuls, les dix marchés émergents du G20 représentent désormais plus de la moitié de la croissance mondiale.
Si certaines conditions extérieures favorables ont joué un rôle dans la résilience impressionnante des marchés émergents, c’est également le cas des politiques et des institutions qui sous-tendent ces économies. Les banques centrales ont gagné en indépendance, ont fixé des objectifs d’inflation plus clairs, et sont moins intervenues sur les marchés des changes pour absorber les chocs. De plus en plus de marchés émergents ont recours à des règles budgétaires pour imposer une discipline budgétaire.
Au Brésil, par exemple, les réformes monétaires ont porté leurs fruits dans la lutte contre l’inflation. Guidé par un cadre de ciblage de l’inflation mis en place en 1999, le Brésil a été l’un des premiers pays à relever ses taux d’intérêt lorsque les prix ont explosé durant la pandémie. Il a depuis affiné son cadre, et devrait désormais atteindre son objectif de 3 % l’année prochaine.
De même, le Nigeria a mis en œuvre des réformes rigoureuses pour améliorer son cadre de tarification de l’énergie et supprimer progressivement le financement des déficits budgétaires par la banque centrale. Quant à l’Égypte, elle poursuit ses projets d’élargissement de son assiette fiscale, notamment en étendant sa taxe sur la valeur ajoutée, en remédiant aux failles en la matière, ainsi qu’en numérisant l’administration fiscale.
Pour autant, bien que les marchés émergents aient réalisé d’importantes avancées dans l’amélioration de leurs cadres politiques et dans le renforcement de leur crédibilité, l’heure ne doit pas être à la suffisance. Ces bons résultats récents sont en effet également le reflet de circonstances favorables, telles que la baisse des taux d’intérêt, l’existence de conditions financières accommodantes, et la vigueur des prix des matières premières.
Par ailleurs, la résilience des marchés émergents ne s’est pas encore traduite par une croissance plus rapide. Près de six ans après l’apparition du COVID-19, le PIB des marchés émergents et des économies en voie de développement affiche une croissance plus lente qu’avant la pandémie – une tendance qui retarde l’objectif de réduction de l’écart de revenus par rapport aux économies développées. Dans le même temps, un certain nombre de changements géopolitiques, commerciaux, technologiques et démographiques profonds risquent de rendre encore plus difficile le rattrapage de ce retard pour les marchés émergents.
Dans un monde qui connaîtra probablement des turbulences pendant encore un certain temps, il est nécessaire que les marchés émergents poursuivre leurs réformes ciblées. Chaque pays doit trouver un équilibre entre les politiques favorables à la croissance et le maintien de la résilience économique (grâce à des réserves et autres instruments conférant une protection en cas de ralentissement).
Pour instaurer les conditions d’une nouvelle vague de croissance, créatrice de nombreux emplois, l’environnement des affaires doit être renforcé, afin de mobiliser les investisseurs nationaux et d’attirer les capitaux étrangers. Une gouvernance et des institutions plus solides permettront d’approfondir les marchés financiers, sur lesquels les entreprises les plus dynamiques et les plus prometteuses pourront se développer. Il est également nécessaire que les dirigeants politiques positionnent leurs économies de manière à tirer parti des gains de productivité potentiels liés à l’IA. L’Arabie saoudite, l’Inde et plusieurs autres membres du Conseil de coopération du Golfe ont ainsi dévoilé d’impressionnants investissements dans les infrastructures, qui poseront les bases de l’adoption de l’IA pour les décennies à venir. Les autres marchés émergents en capacité de le faire doivent s’efforcer de suivre cet exemple.
Certains marchés frontières ont également pour atout une population active jeune et en forte croissance, demandeuse d’opportunités. Cet avantage démographique peut générer des dividendes considérables, à condition toutefois que les pays concernés investissent massivement dans l’éducation et la formation, afin de préparer leur main-d’œuvre aux défis à venir.
Bien que les tensions au sein d’anciennes alliances aient introduit une incertitude supplémentaire, l’évolution du paysage géopolitique et commercial offre des opportunités pour de nouvelles formes d’intégration et de coopération. Les marchés émergents jouent d’ores et déjà un rôle de premier plan dans cette évolution. De l’Asie du Sud-Est jusqu’en Amérique latine, en passant par l’Afrique, les groupements régionaux forgent de nouvelles relations commerciales, approfondissant les liens économiques et financiers entre leurs membres.
Les marchés émergents voyant leur poids économique se renforcer, il en va de même pour leur influence dans les débats mondiaux. Ces économies se réunissent de plus en plus fréquemment pour discuter de la manière dont elles peuvent tirer parti de leur envergure croissante, et s’appuyer sur leur résilience durement acquise.
L’importance croissante de ces pays constitue le cœur de la Conférence d’AlUla sur les économies des marchés émergents, qui se tient cette semaine en Arabie saoudite. Organisé conjointement par l’Arabie saoudite et le Fonds monétaire international, cet événement annuel rassemble dirigeants politiques, chefs d’entreprise et économistes, afin de fixer le cap à suivre pour ces économies. Les dirigeants des marchés émergents élaboreront des plans pour prospérer dans un monde au sein duquel les partenariats sont en pleine mutation, en plaçant l’accent sur l’ouverture et la collaboration dans la durée. Leur objectif commun consiste à pouvoir faire face à l’instabilité mondiale grâce à des politiques économiques saines, qui renforcent la résilience tout en permettant à leurs populations de devenir plus prospères et plus en sécurité.


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