Limmense potentiel de lAfrique en matire dnergies renouvelables et la croissance rapide de sa population offrent au continent une occasion rare de mettre en uvre des stratgies conomiques susceptibles de gnrer une croissance rsiliente et durable. Laction climatique reprsente une formidable opportunit de dveloppement pour lAfrique, en plus de constituer une ncessit environnementale.
De nombreux gouvernements africains ont d’ores et déjà endossé un rôle de premier plan dans ce domaine. À ce jour, 47 pays africains ont soumis la deuxième série de contributions déterminées au niveau national (les plans de décarbonation requis par l’accord de Paris 2015 sur le climat), et 23 ont honoré la troisième série. Leurs CDN deviennent de plus en plus ambitieuses, prévoyant des objectifs de réduction des émissions plus élevés, et leur planification en matière d’adaptation s’est améliorée.
La voie à suivre est claire : l’Afrique pose les fondations d’une ère de développement écologique. Les flux d’investissement commencent à refléter cette ambition climatique croissante, le continent ayant reçu environ 15 milliards $ de financement pour les énergies renouvelables en 2023, soit plus du double de l’année précédente. Un déficit de financement persiste néanmoins. Ces dernières années, l’Afrique a perçu seulement 11 % des 277 milliards $ nécessaires chaque année pour mettre en œuvre ses CDN et atteindre ses objectifs climatiques pour 2030.
L’un des principaux problèmes réside en ce que la planification a pris de l’avance sur la création d’un pipeline d’opportunités d’investissement concrètes – un défi qui n’est pas spécifique à l’Afrique. Pour la plupart des États, le plus difficile dans la transition écologique ne consiste pas à fixer des objectifs ou à élaborer des cadres, mais à garantir un nombre suffisant de projets d’atténuation climatique dans lesquels les investisseurs puissent déployer leurs capitaux.
De nombreux dirigeants politiques nationaux appliquent une approche de liste de souhaits en ce qui concerne les CDN, sans réfléchir au potentiel d’investissement de ces contributions, ni à la manière dont elles favorisent la transformation économique. Les gouvernements perdent en crédibilité lorsqu’ils formulent une énumération d’idées de décarbonation qui ne se traduisent pas en projets attractifs pour les investisseurs. Par ailleurs, lorsque les CDN ne sont pas alignées sur un plus large programme de croissance économique, elles sont susceptibles de provoquer des conflits intragouvernementaux, qui freinent les avancées. Les investisseurs font souvent écho à ces préoccupations, décrivant les CDN comme de longues listes d’aspirations qui manquent de clarté en termes de priorités et de mise en œuvre.
Dans de nombreux cas, les investissements climatiques exigent d’importants capitaux, dépendent des politiques, et nécessitent du temps pour porter leurs fruits. Ainsi, lorsque les États échouent à faire reposer leurs engagements au titre des CDN sur des stratégies attractives pour les investisseurs, ainsi qu’à les relier à des réformes politiques, à des allocations budgétaires et à des signaux réglementaires, l’évaluation des risques et des rendements devient plus difficile. Résultat, les chances de mobiliser des capitaux s’amenuisent, que ces capitaux soient commerciaux, philanthropiques ou concessionnels, en particulier dans un contexte de resserrement des conditions financières mondiales.
Fort heureusement, il est possible pour les États africains de combler ce fossé, en adoptant une approche pratique et axée sur les résultats, afin de convertir les CDN en plans concrets et réalisables, visant à assurer la résilience climatique et la prospérité économique. Il est pour cela nécessaire d’ancrer explicitement les opportunités dans les priorités nationales sectorielles et de développement. Plutôt que de se concentrer sur des projets isolés ne servant qu’un seul objectif climatique, les décideurs politiques doivent promouvoir ceux qui contribuent au développement de capacités durables, de chaînes de valeur, de capacités institutionnelles ou d’infrastructures clés. Cela signifie également encourager l’investissement privé, parallèlement aux fonds publics ou concessionnels.
Certaines opportunités présentent d’ores et déjà une attractivité commerciale. D’autres sont susceptibles de requérir un financement mixte, des réformes politiques ciblées ou des environnements plus propices. D’autres encore peuvent ne présenter aucune voie en direction de la viabilité économique à moyen terme, et nécessiter l’engagement de financements philanthropiques. La distinction entre ces catégories et la mise en correspondance du type de capitaux adapté avec l’opportunité pertinente exigent une approche structurée et itérative.
C’est la raison pour laquelle l’African Climate Foundation, en collaboration avec Dalberg Advisors, a développé le NDC Investment Planner (NIP), un cadre de soutien aux États dans l’évaluation de l’impact des solutions d’atténuation et d’adaptation, leur permettant de mieux comprendre leur apport dans le cadre des CDN. Le NIP facilite l’évaluation systématique de ces opportunités, à la fois en termes de potentiel d’investissement et d’alignement sur les objectifs économiques plus larges. Il permet aux États d’identifier les domaines hautement prioritaires pour le financement commercial, améliorant ainsi la préparation des projets, et ceux qui nécessitent un alignement des politiques ou un soutien concessionnel.
En résumé, le NIP constitue une plateforme de création de pipelines de projets climatiques prêts à être financés, susceptibles d’attirer des capitaux publics, concessionnels et privés. L’objectif consiste à permettre aux dirigeants politiques de renforcer la coordination entre les ministères, et de se concentrer sur des opportunités pouvant être regroupées en portefeuilles crédibles, avec pour résultat l’accélération de la transition écologique. Grâce à ce cadre, les partenaires et les institutions de financement du développement sont en mesure d’aligner plus efficacement l’assistance technique et le financement, tandis que le secteur privé peut s’engager plus précocement, avec des points d’entrée plus clairs et une plus grande confiance dans les projets proposés.
Qu’il s’agisse des mini-réseaux, de l’énergie solaire hors réseau, de l’amélioration des intrants agricoles ou encore de la fabrication verte, la transition écologique de l’Afrique a le potentiel de stimuler la croissance économique tout en renforçant la résilience. Pour concrétiser cette ambition, le continent doit néanmoins repenser son leadership climatique. Le défi ne consiste pas à fixer des objectifs, mais à les traduire en stratégies susceptibles d’attirer les investissements nécessaires à l’obtention de résultats concrets.
Par Sunru Yong et Saliem Fakir


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