Les conomies en dveloppement sont confrontes une convergence de pressions, dont chacune implique dimportants besoins dinvestissement. Elles doivent crer des emplois pour des populations en forte expansion, renforcer leur rsilience face aux chocs extrieurs et aux effets du changement climatique, et mettre en place les infrastructures ncessaires une croissance long terme. Pourtant, avec la diminution des financements concessionnels, la flambe des cots demprunt et la volatilit persistante des marchs internationaux des capitaux, le financement de ces investissements est plus difficile que jamais.
Pour mener à bien des programmes de développement ambitieux avec une marge de manœuvre budgétaire limitée, les économies en développement doivent recourir à l’emprunt de manière plus stratégique. Le récent partenariat de financement conclu entre le Rwanda et le Groupe de la Banque mondiale illustre bien comment cela pourrait se traduire concrètement. Au lieu de s’appuyer uniquement sur les prêts concessionnels traditionnels, le Rwanda a collaboré avec la Banque pour tirer parti de financements concessionnels axés sur les politiques et d’instruments de partage des risques, afin de mobiliser des capitaux privés à grande échelle et à des conditions abordables.
Le Rwanda s’est frayé une voie de développement que peu de gens jugeaient possible. Au cours des deux dernières décennies, la croissance annuelle de son PIB a atteint en moyenne plus de 7 %, grâce à une gestion macroéconomique prudente, à une planification à long terme et à des réformes soutenues et bien menées. À l’avenir, le gouvernement entend créer 250 000 emplois de qualité chaque année, accélérer l’industrialisation et moderniser l’agriculture.
La réalisation de ces objectifs nécessite des financements substantiels à long terme. C’est ce qui a conduit le Groupe de la Banque mondiale et le Rwanda à bouleverser les idées reçues en utilisant des ressources concessionnelles limitées pour catalyser l’investissement privé grâce à une garantie fondée sur des politiques, fournie par l’Association internationale de développement (International Development Association - IDA), la branche de la Banque mondiale chargée des prêts concessionnels. Cette structure contribue à réduire les coûts de financement en diminuant le risque pour les investisseurs et en allongeant les échéances.
Le Rwanda a encore renforcé ce mécanisme en combinant la garantie de première perte de l’IDA avec une garantie de deuxième perte de l’Agence multilatérale de garantie des investissements de la Banque mondiale. Pris ensemble, ces instruments innovants couvrent 95 % des obligations liées au service de la dette sur le prêt commercial sous-jacent, ce qui réduit considérablement le risque perçu et attire les prêteurs privés et les réassureurs.
Il en résulte un financement privé à des conditions proches de celles des prêts concessionnels, un dispositif qui préserve les fonds publics limités. En avril, le Rwanda a obtenu un prêt commercial de 213 millions d’euros (243 millions de dollars) auprès de la Société Générale et de Standard Chartered, assorti d’une durée de 15 ans et d’un délai de grâce de six ans. Dans un contexte de volatilité mondiale accrue, ce montage financier adossé à une garantie a permis de réduire les coûts d’emprunt d’environ 300 points de base par rapport aux conditions prévalant sur le marché. Tout aussi important, les remboursements du principal ne débuteront qu’après l’échéance de l’euro-obligation existante du Rwanda, échue en 2031, ce qui atténue les pressions de refinancement et contribue à améliorer le profil d’endettement du pays.
Ces capitaux abordables ont permis de mettre en œuvre des réformes qui renforceront les fondements de l’économie rwandaise et favoriseront la croissance du secteur privé ainsi que la création d’emplois. Il s’agit notamment de mesures visant à renforcer la viabilité budgétaire, à moderniser les cadres régissant les partenariats public-privé, à réduire les coûts de fonctionnement des entreprises, à améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail ainsi que le développement des compétences, et à stimuler la croissance dans des secteurs tels que l’agriculture, l’élevage et la gestion durable des terres.
Cette première opération pourrait être suivie d’une seconde visant à mobiliser le solde de l’enveloppe de financement approuvée de 450 millions de dollars. Pour le Rwanda, l’accès à la totalité de ce montant ouvrirait la voie à des investissements encore plus importants dans les infrastructures, la santé, l’éducation, l’agriculture, la protection sociale et le développement industriel — autant de domaines qui auraient un impact positif sur les moyens de subsistance et le niveau de vie de la population.
La portée de cette approche novatrice dépasse néanmoins le cadre d’un seul pays : en effet, elle a désormais été mise en œuvre en Angola, en Argentine, en Côte d’Ivoire et au Panama, ainsi qu’au Rwanda. De nombreuses économies en développement sont confrontées à des difficultés similaires : accès limité aux marchés des capitaux, marge de manœuvre budgétaire réduite et baisse des financements concessionnels. Dans un tel contexte, mobiliser davantage de fonds exige des décideurs politiques qu’ils utilisent au mieux les ressources disponibles.
Le financement du développement doit évoluer d’un modèle axé principalement sur les prêts publics directs vers un modèle qui utilise les fonds publics pour réduire les risques, attirer les investissements privés et améliorer les conditions de financement pour les pays qui entreprennent des réformes crédibles. Cela est particulièrement important pour les pays qui cherchent à gérer plus efficacement leurs engagements et leurs obligations au titre du service de la dette, et à réduire leur exposition aux risques de refinancement.
L’expérience du Rwanda montre ce qu’il est possible de réaliser lorsqu’une gestion économique saine et des institutions solides s’accompagnent de financements innovants. Bien sûr, aucun modèle unique ne conviendra à tous les pays. L’idée sous-jacente est toutefois largement applicable : lorsque les ressources concessionnelles sont utilisées de manière stratégique – et associées à des politiques économiques saines –, elles peuvent avoir un impact nettement plus important. Pour transformer leurs économies et réaliser leurs ambitions de développement, les pays à faible revenu doivent adopter des solutions de financement innovantes permettant de faire plus avec moins.
Par Yusuf Murangwa, Junaid Kamal Ahmad, et Ndiamé Diop


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