Lors de son rcent voyage Pkin, le prsident amricain Donald Trump, lhomme le plus puissant du monde, tait accompagn de nombreuses personnalits du monde des affaires, de la finance et de la technologie amricaines, qui comprennent toutes limportance de maintenir des relations de travail avec la Chine. Pour le reste du monde, il sagissait dune volution positive, car nous devrions tous souhaiter que les deux plus grandes puissances mondiales communiquent directement entre elles. Les htes chinois de Trump lont accueilli en grande pompe avec notamment des enfants agitant des drapeaux et il leur a rendu la pareille en couvrant dloges le prsident chinois Xi Jinping.
Au-delà du spectacle, cependant, les résultats du sommet ont été maigres. Il semble y avoir eu peu de progrès sur des questions de fond comme le commerce, et (à notre connaissance) aucun nouveau contrat d’approvisionnement majeur n’a été conclu pour l’industrie et l’agriculture américaines, ni d’efforts coordonnés pour résoudre des conflits internationaux majeurs tels que les guerres en Ukraine et dans le Golfe.
Mais les images de cette visite au sommet parlaient d’elles-mêmes. Trump s’est retrouvé dans le rôle plutôt inhabituel de suppliant. Tout le monde savait qu’il souhaitait l’aide de la Chine pour sortir de l’impasse dans la région du Golfe, où son « excursion » ratée a livré à l’Iran le contrôle stratégique de facto du détroit d’Ormuz et fait monter en flèche les prix du pétrole et du gaz. Le désespoir de Trump était manifeste dans son attitude ; il n’y avait ni fanfaronnade ni hyperbole. Il n’y avait plus aucune trace de cette image qu’il se fait de lui-même en tant que maître du monde.
Xi, en revanche, est le dirigeant de la puissance montante la plus importante du XXIe siècle. Presque dès que l’Air Force One a atterri, il a souligné cette réalité stratégique, mettant en garde Trump contre le « piège de Thucydide » : la tendance d’une hégémonie en déclin à se surestimer en essayant de contenir un challenger émergent (la dynamique qui a entraîné Athènes et Sparte dans la guerre du Péloponnèse).
Xi faisait ici référence à Taïwan – principal point de friction de la rivalité stratégique actuelle – à la suite de l’approbation par le Congrès d’un programme d’armement américain de plusieurs milliards de dollars destiné à l’île. Alors que Xi s’exprimait avec assurance, la réponse de Trump était évasive et défensive. Il a même qualifié ce programme d’armement de « monnaie d’échange », soulevant ainsi une question potentiellement existentielle non seulement pour Taïwan, mais pour toute l’Asie de l’Est : les États-Unis défendraient-ils vraiment leurs partenaires et alliés dans la région si nécessaire ?
Au final, Xi avait toutes les raisons d’être satisfait de ce sommet. C’est lui qui dicte désormais l’agenda de la confrontation stratégique entre la Chine et les États-Unis – ou ce que la Chine appelle « une relation de stabilité stratégique ».
Pendant ce temps, la crédibilité américaine a subi un nouveau coup dur. De l’Europe à l’Asie de l’Est, en passant par le reste du monde, les gens se demanderont de plus en plus quelle est, le cas échéant, la valeur réelle des engagements et des accords américains.
Ce n’est pas une mince affaire. La crédibilité est une monnaie qui façonne et régit les relations entre les États. Les États-Unis devraient le comprendre, compte tenu du succès avec lequel ils ont accumulé et déployé cette monnaie de crédibilité tout au long de la guerre froide et pendant les années qui ont suivi. L’Amérique est devenue l’hégémon incontesté et le pilier de l’économie mondiale précisément parce que les autres la considéraient comme une puissance sérieuse qui tiendrait ses promesses.
Mais aujourd’hui, une lutte hégémonique oppose deux superpuissances, et la visite de Trump à Pékin a renforcé la perception, déjà largement répandue en Chine et dans le monde entier, que les États-Unis sont en déclin. Trump lui-même porte une grande part de responsabilité dans cette situation, compte tenu de la ferveur avec laquelle il a sapé les alliances américaines, utilisé la position des États-Unis au sein de l’ordre international comme une arme et s’est précipité dans une guerre désastreuse de son propre choix qu’il semble incapable de gagner.
Si l’on examine la politique étrangère de Trump – et la façon dont il sape systématiquement le statut de superpuissance américaine et ses alliances, en particulier par ses actions envers la Chine –, on ne peut s’empêcher de le voir, ironiquement et malheureusement, comme le meilleur ami de Xi.
Mais le châtiment de Trump n’est qu’une maigre consolation pour l’Europe. Malgré tous nos conflits avec l’actuelle administration américaine, nous ne pouvons pas nous livrer à la schadenfreude, car nous sommes dans le même bateau du déclin occidental (surtout du point de vue de la Chine). La seule différence est que l’Europe coule encore plus vite que les États-Unis. Les États-Unis, au moins, resteront la première puissance de l’Occident, même si Trump lui-même n’a aucun intérêt à préserver ce concept ni les valeurs libérales et démocratiques qu’il représente.
La visite de Trump à Pékin n’a été rien d’autre qu’une mise au point. Elle a démontré la relative faiblesse des États-Unis et de l’Occident face à la République populaire et, plus largement, au Sud global. Pour l’Europe, le défi consistant à atteindre et à renforcer son autonomie stratégique n’en est devenu que plus urgent. L’Europe possède encore des atouts technologiques et industriels considérables, mais elle devra veiller à ne pas être divisée – ou tout simplement écrasée – dans le duel hégémonique à venir.
By Joschka Fischer


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