Constant Kassagnan : « Un bâtiment qui va s’écrouler prévient »

Chef de projet au bureau d’études Gauff ingénierie, Constant Kassagnan, ingénieur du génie civil, explique les raisons qui amènent l’écroulement de certains immeubles.

A quoi sert un bureau d’études dans le domaine de la construction ?

Le bureau d’études est chargé de faire les études techniques et le contrôle des travaux.

Quels sont les signes annonciateurs qu’un immeuble qui va s’écrouler ?

Un bâtiment qui va s’écrouler prévient toujours. La structure est fragile, lorsque vous vous trouvez sur la dalle, elle bouge énormément. Concernant les immeubles qui sont déjà construits, ils présentent beaucoup de fissures apparentes, soit internes, soit externes. Les murs sont fendus, par exemple.

Quelles sont les raisons selon vous des effondrements d’immeubles ?

Selon mon avis sont concernées par ce phénomène, les constructions de type R+. Ces constructions nécessitent des études particulières : les études du sol (géotechniques) pour cerner la portance du sol à recevoir ces constructions, les études topographiques pour voir si le terrain ne se trouve pas sur un chemin d’écoulements des eaux, les études de structure pour voir les types de fer et de poteaux à mettre en place pour une construction optimale. Les gens se contentent simplement d’études d’architectes pour voir le « design » de leur bâtiment et avoir leur permis de construire. Une fois le permis de construire en main, les services compétents (ministère de la construction ou bureaux d’études) sont censés contrôler le chantier en construction pour s’assurer qu’il respecte les normes et les recommandations des études menées. Mais ce n’est jamais le cas. On laisse les maçons tout seuls gérer le reste.

Et pour les bâtiments déjà construits ?

Cela est dû au fait que les constructions se trouvent sur les chemins de passage des eaux ou dans des zones inondables. Sans un réseau de drainage adapté, l’érosion fait son effet. Dans les zones inondables, l’infiltration des eaux dans le sol fragilise sa portance et les bâtiments en place.

Que préconisez-vous pour les locataires d’un immeuble qui constatent des anomalies dans le bâtiment ?

Lorsqu’ils constatent des fragilités au niveau du bâtiment, qu’ils le signalent rapidement au propriétaire. S’il ne réagit pas, qu’ils informent les autorités ou même quittent le bâtiment. Un immeuble qui va tomber, cela se sait.

Les particuliers vous sollicitent-ils beaucoup pour contrôler leurs travaux ?

Les particuliers très rarement, mais les promoteurs immobiliers, l’État, les structures, oui. Les clients des bureaux d’études de notre taille sont souvent des institutions, des bailleurs de fonds. Pour les particuliers, souvent les bureaux d’architecte ont des bureaux d’études en leur sein ou sont affiliés à des bureaux d’études. Mais les particuliers le refusent souvent pour des questions de coûts, très élevés. Les constructions qui nécessitent l’intervention des bureaux d’études sont de types R+3 ou +4 avec sous-sol et autres.

Une idée des prestations d’un bureau d’études pour un immeuble R+3 par exemple ?

Le prix dépend de la complexité du bâtiment et les études à faire. D’abord, l’intervention commence au niveau de la conception par les études à mener : les études géotechniques (avec les prix des essais réalisés par des laboratoires comme le LBTP), les levées topos (faites par des géomètres). Après, les calculs des structures avec l’ingénieur. Bref, il y a plusieurs coûts à déterminer en fonction de la charge trouvée. On ne peut pas proposer de prix fixe.

Ce n’est pas parce que les coûts de prestations des bureaux d’études sont élevés que les particuliers qui veulent construire des immeubles ne vous font pas appel ?

Non, pas forcément. Les gens ne sont pas informés de l’existence et du rôle des bureaux d’étude. Ils ne connaissent que les architectes et l’agent de construction, au mieux un frère ou un ami ingénieur en bâtiment.

Les immeubles ont-ils une durée de vie et après combien d’années faut-il penser à les réhabiliter ?

À ma connaissance, il n’y a pas de durée de vie pour un bâtiment, contrairement à une route. La fondation est dimensionnée pour supporter une certaine charge (+2, +4 etc) et lorsque la charge est dépassée, il peut y avoir de gros soucis. On peut faire la réhabilitation de certaines finitions ou de matériaux comme le fer rouillé.

Raphaël TANOH

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