Conflits éleveurs-agriculteurs : Une bombe à retardement

Au-delà des frontières ivoiriennes, les conflits entre éleveurs et agriculteurs, touchent toute la sous-région ouest africaine.

Malgré la mise en vigueur de la loi relative à la transhumance et aux déplacements de bétail, il y a un an environ, les relations ne sont toujours pas au beau fixe entre agriculteurs et éleveurs.

y a environ un mois, le ministre des Ressources animales et halieutiques, Kobenan Kouassi Adjoumani faisait le point des conflits qui opposent éleveurs et agriculteurs. Selon lui, ce sont plus de  800 cas de conflits entre agriculteurs et éleveurs qui ont été enregistrés sur la période 2016-2017. Le ministre Adjoumani s’exprimait à l’ouverture d’une rencontre de haut niveau pour une transhumance transfrontalière apaisée entre les pays sahéliens et les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.  En Afrique de l’Ouest et plus précisément en Côte d’Ivoire, les affrontements intercommunautaires, notamment entre éleveurs peulhs, souvent nomades et des autochtones agriculteurs, se sont multipliés ces derniers temps. Le plus meurtrier fût celui de Bouna où les affrontements se sont déroulés fin mars 2016 et ont causé la mort de 33 personnes.

Une loi méconnue Face à cette tragédie, l’Assemblée nationale a adopté en plénière en juin 2016 le projet de loi n° 2016-413 du 15 juin 2016 relative à la transhumance et aux déplacements de bétail. Cette loi qui aux dires des autorités, précise les obligations de l’État, des collectivités territoriales, des éleveurs, des agriculteurs et autres dans le cadre de la mobilité des animaux, permet  de prévenir les conflits de cohabitation entre agriculteurs et les éleveurs. Toutefois, l’application de la loi s’avère difficile.  Selon une autorité administrative officiant dans le nord de la Côte d’Ivoire, la loi ne satisfait pas tout le monde. À l’en croire, les agriculteurs sont très souvent mécontents du jugement rendu par le comité local en charge de la gestion du conflit. « Quand la plantation d’un agriculteur est détruite, ce dernier s’attend à ce que l’éleveur lui verse une somme conséquente pour qu’il puisse vivre avec les siens tout le reste de l’année. Mais à sa grande surprise, après l’évaluation des dégâts par le comité sur des critères qui leur sont méconnus, l’éleveur doit lui reverser 50 000 ou 100 000 Francs cfa. Une somme qu’il trouve dérisoire face aux préjudices causés », a-t-elle expliqué. En outre, elle ajoute que très souvent, les éleveurs ont tendance à soudoyer les autorités locales. « Les peulhs éleveurs mettent tout en œuvre pour corrompre des autorités en charge de l’affaire pour que la partie adverse ait tort. Les éleveurs montrent une certaine désinvolture puisque privilégiés par leur amitié avec ces autorités-là », confie l’autorité administrative. Selon elle, c’est ce qui amène très souvent les agriculteurs à se faire justice eux-mêmes. Un élu, natif du nord de la Côte d’Ivoire, pointe du doigt l’absence de communication autour de la loi. « La loi était la bienvenue. Malheureusement, sa mise en application suscite des grincements de dents chez les agriculteurs qui se sentent lésés. Il n’y a eu aucune campagne de sensibilisation et d’information relative à cette loi dans les localités du nord où sévit le problème. La loi aurait tout régler si les populations avaient été informé sur les modalités d’évaluation des dégâts causés de part et d’autre », signifie-t-il. Avant d’ajouter : « les problèmes entre éleveurs et agriculteurs subsistent toujours. Le feu couve toujours», a-t-il souligné, l’air soucieux.

Adélaïde KONIN

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