Henri Konan Bédié à quitte ou double

Henri Konan Bédié candidat ou pas ? La question continue de faire débat. Mais les conditions de candidature pour porter les couleurs du PDCI laissent entrevoir une véritable volonté de l’ancien Président ivoirien de se porter candidat. Au PDCI, il a de plus en plus de soutiens qui s’affichent et défendent cette candidature. Les premières ambitions de certains cadres, devenus subitement muets, apportent de l’eau au moulin de ceux qui ne jurent que par une candidature du président du PDCI. Mais le silence ne signifie pas non plus que ces derniers ont abandonné leurs ambitions. Peuvent-elles prospérer en dehors de l’appareil du parti ? Si pour certains, à 86 ans, Bédié représente l’espoir, a-t-il les capacités de se lancer dans une bataille électorale ou suivra-t-il Alassane Ouattara en laissant la place à plus jeune que lui ?

Au lendemain de son divorce avec Alassane Ouattara et le retrait du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de l’alliance au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la paix et la démocratie (RHDP), Henri Konan Bédié (86 ans) s’est aussitôt entouré de vieux compagnons avec lesquels il avait pris ses distances depuis 2011. Le Président du PDCI a ainsi fait appel à son ex-ministre de l’Intérieur Émile Constant Bombet, quelque peu tombé en disgrâce depuis 2011, mais aussi à ses fidèles compagnons Niamien N’Goran, ex-ministre de l’Économie et des finances et ex-Inspecteur Général d’État, et Niamké Koffi, philosophe de talent. Il avait dans la foulée ramené dans les rangs Charles Konan Banny et Alphonse Djédjé Mady et même le diplomate Essy Amara. Mais ces derniers ont dû prendre du recul après avoir constaté qu’ils n’avaient plus une place de choix au sein du parti. Tout en corsant les conditions d’éligibilité, Henri Konan Bédié vient de faire un pas de plus dans sa volonté d’être le candidat unique du parti. En plus de remplir les conditions d’éligibilité pour le candidat à l’élection présidentielle, pour défendre les couleurs du PDCI, il faudra « être militant actif du PDCI, être de bonne moralité, avoir été membre du Bureau politique pendant au moins 10 ans, être à jour de ses cotisations,  payer la somme de 25 millions de FCFA non remboursables et s’engager à ne pas être candidat indépendant ». Des conditions qui, selon certains, visent à faire de Bédié le candidat unique à l’investiture du PDCI au cours d’une convention qui devrait se tenir avant la fin du mois de juin. 

Ambitions refoulées Cela n’avait pas pour autant sauté aux yeux de certaines personnalités du PDCI, qui voyaient leur heure arrivée. « Ahoussou Jeannot ? Il est parti quand il a compris que Bédié ne ferait pas de lui le candidat du parti. Billon ? Thierry Tanoh ? Ils ont vite compris qu’ils ne pouvaient pas être le choix du PDCI », confie un membre du bureau politique. Toutefois, Jean-Louis Billon n’a pas pour autant abandonné ses ambitions. Dans son cercle restreint, plusieurs options sont sur la table. « Accepter les conditions telles que fixées par le PDCI et en assumer les conséquences ou alors sortir du PDCI et envisager de faire cavalier seul », confie l’un de ses proches. Mais pour certains observateurs avertis, Jean-Louis Billon fera le choix de rester au PDCI. « Il y a encore de la place pour lui. Et, en dehors du PDCI, il ne pourra pas mobiliser plus de 5% de l’électorat. Sa survie politique dépend de sa place au sein du parti et non en dehors  », confie un jeune cadre du PDCI.  Thierry Tanoh, après quelques rencontres, a abandonné la course. « Il n’a pas eu d’échos favorables, même dans son premier cercle ». Quant à Bertin Kouadio Konan, dit KKB, sa candidature est assujettie à celle de Bédié. « S’il n’est pas candidat, alors je le serai » clame-t-il.

Revanche Henri Konan Bédié a-t-il vraiment digéré la perte de la présidence et de son pouvoir en décembre 1999 ? Pas si sûr, lorsque l’on sait qu’il a convaincu Alassane Ouattara, lors de la révision de la Constitution en 2016, de faire sauter le verrou de la limite d’âge dans les conditions d’éligibilité à l’élection présidentielle. Une brèche qui lui ouvre un boulevard pour être candidat à la prochaine présidentielle. Déjà en 2019, le ton était donné. « Le candidat du PDCI doit être quelqu’un dont la légitimité et la fidélité ne peuvent être remises en question, un militant actif et discipliné ». Un portrait qui mène trait pour trait à Henri Konan Bédié. Son statut de président, et par extension de premier militant du PDCI, fait de lui le candidat le plus « légitime, fidèle, actif et discipliné ». Une phrase qui avait suffi pour que l’un de ses alliés confie début 2019 : « pour qui connait comment les choses fonctionnent, il sait que Bédié sera candidat. Et cela n’est pas un bon départ pour notre nouvelle coalition ». On se souvient en effet qu’en 2018 il avait souhaité et obtenu que son mandat à la tête du PDCI soit prolongé jusqu’au lendemain de l’élection présidentielle de 2020. Il a ainsi toutes les cartes en main. C’est le seul maitre à bord. Et si le code électoral interne au PDCI a fini par écarter tout candidat sérieux, il lui ouvre la porte vers la campagne électorale prochaine. La reconquête d’un pouvoir perdu brutalement et dont la première arme politique à sa disposition est le centre du pays, qui reste fortement attaché au PDCI, même si plusieurs fauteuils ont été cédés au RHDP dans cette zone lors des dernières élections municipales et régionales.  Autre arme, Henri Konan compte, en cas de second tour, rallier autour de sa candidature l’ensemble de l’opposition, qui a un objectif commun, « battre le RHDP ». Entre autres soutiens qu’il tente de s’assurer, ceux de Laurent Gbagbo ou encore de Guillaume Soro. Son avènement au pouvoir pourrait faciliter le retour de ces derniers au pays. Mais, prévient un observateur  « il ne faut pas jouer cette carte. Bédié élu pourrait bien surfer sur les ennuis judiciaires de ces deux personnalités afin de ne pas créer des conditions qui pourraient perturber sa gestion ».

Pour un autre… Mais le tout n’est pas encore joué. Henri Konan Bédié peut avoir plus d’un tour à jouer dans sa stratégie de reconquête. En moins de deux ans, il a réussi à fédérer  autour de lui toutes les forces de son parti. « Nous sommes prêts à suivre le choix de Bédié », affirme son Secrétaire exécutif Maurice Kacou Guikahué, pion central de la candidature de ce dernier. « Le choix de Bédié sera suivi par tous au sein de son parti », assure Arthur Banga, pour lequel, que ce soit Bédié ou pas, le PDCI n’explosera pas. Selon certains observateurs, Bédié étant devenu l’élément fédérateur de son parti, il pourrait convaincre quelques ambitieux et les inviter à le rejoindre. « Un candidat autre que Bédié aura son soutien, tant dans le V baoulé qu’au sein de toutes les bases du PDCI. Il appartiendra à ce dernier d’être lui-même fédérateur », explique un militant du PDCI qui est convaincu qu’avec la configuration actuelle seule la candidature de Bédié peut rassembler. Une position que partage Basile Goualy, ex député et membre du bureau politique, pour lequel Henri Konan Bédié est « l'héritier politique et le successeur légitime du Président Houphouët-Boigny, dont tous les hommes politiques ivoiriens se réclament ». Ce dernier, qui écarte pour l’heure toute lutte de Bédié pour un « autre cadre du PDCI », poursuit en indiquant que le retour aux affaires de Bédié pourrait marquer la fin des crises politiques et que ce dernier « en cas de victoire, passera naturellement le flambeau à un Vice-président »

Abel Lorougnon

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