Saison des pluies : Les eaux imposent leur diktat

On croyait les drames et l’affreux spectacle des rues inondées loin derrière nous, après la fin de la grande saison des pluies. Mais, depuis début octobre, beaucoup d’Ivoiriens boivent la tasse à cause des inondations causées par les averses. Situation qui n’est pas sans conséquences sur la vie des populations et le calendrier des autorités. Les montées d’eau dans les villes d’Aboisso et d’Alépé (Sud - Est), ont fait au moins neuf morts et des dégâts matériels considérables.

« La petite saison des pluies ? Quelle petite saison des pluies ? Le nom sied mal à cette période, au vu des dégâts que nous constatons ». Cette remarque un brin ironique de l’adjoint au maire de Treichville, Jean-Roger Boto, chargé des questions environnementales, en dit long. Au moins 9 morts depuis vendredi dernier ! Les pluies qui se sont abattues sur une grande partie du pays sur la période du 11 au 13 octobre ont été à elles seules plus meurtrières que les averses que le pays a connues en mai et juin derniers, avec une demi-douzaine de morts. Le premier drame est survenu vendredi à Audouin Santé, dans la zone de la Baie des Milliardaires. Une mère de 30 ans, son époux et leur enfant ont été tués par la foudre. Peu après à Abobo, plus précisément dans le quartier de Bocabo, le mur d’une maison située dans un bas-fond s’écroulera sur une jeune dame de 19 ans et son bébé de 2 ans, tués sur le coup. L’habitation se trouvait dans une zone à risques. « Cette petite saison des pluies pourrait être plus meurtrière que la grande saison passée. Nous renouvelons les conseils de prudence aux populations », prévenaitt alors le préfet d’Abidjan, Vincent Toh Bi Irié, qui sera ensuite au four et au moulin pour consoler les familles et sensibiliser. Aux 5 morts déjà dénombrés il faut ajouter la disparition d’une fillette de quatre ans, emportée ce même vendredi par les eaux au quartier Koko de Man. Alors qu'elle cherchait à s'abriter, l’enfant sera prise au piège du caniveau situé à proximité du domicile familial. Sa mère ne parviendra pas à la sauver. Le courant étant très fort, elle sera elle-même emportée sur une longue distance. La dame aura la vie sauve grâce à l’intervention d’un jeune homme. D’après la mairie de Yopougon, la commune a enregistré 3 morts : 1 décès par noyade et 2 dans l'écroulement d'une clôture à Gesco - Manutention. Ce qui porte le nombre de décès à au moins 9.

Vendredi noir Outre ces victimes, on dénombre des dégâts matériels. Les rues sont inondées à Marcory, à Cocody, à Adjamé et à Abobo. Sur le plan psychologique, les populations d’Audouin Santé, où la foudre a tué trois personnes, ont voulu mener des représailles contre des individus accusés d’actes de sorcellerie. Une situation qui a amené le préfet d’Abidjan à intervenir : « la foudre est un phénomène naturel qui arrive souvent (…). Il ne s’agit donc pas de sorcellerie, comme des rumeurs commencent à l’évoquer (…). Nous ne tolèrerons donc pas d’intentions ou de faits de représailles de la part de qui que ce soit consécutivement à ce drame dans le village ». Le 12 octobre, une équipe du ministère de la Solidarité, de la cohésion sociale et de la lutte contre la pauvreté, conduite par son Directeur de cabinet, Abdoulaye Bamba, représentant la ministre Mariatou Koné, s’est rendue respectivement à Ayamé et à Grand Bassam pour manifester la compassion du gouvernement aux victimes des inondations et aux familles sinistrées. Car la pluie a laissé des malheureux après son passage. Habitations inondées, matériels emportés, etc. À Ayamé, par exemple, un jeune de 26 ans a été emporté par les eaux et plusieurs habitations ont été inondées, impactant 119 ménages. L’hôpital général et le groupe scolaire Ayamé 1, 2 et 3 ont subi d’importants dommages. Pourquoi autant de sinistres pour une « petite saison des pluies » ? C’est la question que tous se posent. Et la réponse est toute simple, selon la Société d'exploitation et de développement aéroportuaire aéronautique et métrologique (SODEXAM). Rien que pour la journée de vendredi l’on a enregistré une pluviométrie de 60 mm à Yopougon, explique une source au sein de la structure. La même quantité d’eau a également été enregistrée à Songon. Or, à partir de 50 mm de précipitations, les conséquences peuvent être graves, d’après notre interlocuteur, qui souligne que les pluies qui ont causé des dégâts ne sont pas nécessairement des orages, mais des averses ininterrompues. Et cette situation pourrait se répéter tout au long de ce mois d’octobre, prévient notre source.

Réponses timides « La petite saison des pluies n’est pas une situation nouvelle. Elle arrive chaque année. Cette année, il y a juste eu plus de précipitations dues au dérèglement climatique », conclut-elle. Mais il ne faut pas non plus exagérer. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le nombre de décès survenus pendant ces pluies a été amplifié par un malheureux concours de circonstances, d’après Salif Coulibaly, adjoint au maire de la commune d’Attécoubé, chargé des questions de salubrité. Ce qui est le plus en cause ici, c’est beaucoup plus l’intensité des pluies que le problème des zones à risques en tant que tel. « Nous avons commencé à nous mobiliser à Attécoubé. C’est ici qu’il y a le plus de sites à risques. Mais nous n’avons pas enregistré de décès. Le maire a tout de même organisé une rencontre de sensibilisation pour exhorter les populations à quitter les sites jugés dangereux. C’est le cas notamment de Mossikro santé », signale-t-il. Salif Coulibaly déplore cependant les difficultés que la mairie rencontre. « Les gens ne veulent pas partir, parce qu’ils n’ont nulle part où aller. Ceux que nous réussissons à faire partir des sites à risques y reviennent ». À Yopougon également, la mairie est à pied d’œuvre.  Le mardi 14 octobre, le maire Gilbert Kafana Koné a tenu une rencontre avec l’ensemble des acteurs de la commune sur la question. Au total, 12 zones à risques ont été identifiées. « Nous devons prendre les précautions qu’il faut. La seule chose que nous pouvons faire, c’est de chercher à préserver des vies. C’est cela notre raison d’être. S’il faut déguerpir, casser des maisons, pour protéger des vies, cela est notre devoir », a mis en garde le maire Gilbert Koné. Jean-Louis Moulot, le maire de Grand-Bassam, promet quant à lui des travaux d’assainissement pour réduire les problèmes d’inondation que connait sa commune. « En prélude aux saisons des pluies, en avril dernier nous avons entrepris des travaux de curage de caniveaux et de drainage des eaux usées qui aujourd'hui montrent malheureusement leurs limites », regrette-t-il, promettant l’effectivité des travaux à l’embouchure de la Comoé pour réduire les désagréments. Presque toutes les mairies sont mobilisées pour la riposte après ces drames. Elles sont épaulées par l’Office national de la protection civile (ONPC), qui a vite fait d’activer son plan Organisation des secours (ORSEC). Le nouveau ministre de la Sécurité et de la protection civile, Vagondo Diomandé, n’a pas hésité à faire le tour des zones à risques pour appuyer les collectivités locales dans leur tâche de sensibilisation. « Aujourd’hui, le danger ne prévient pas. L’idéal serait d’avoir zéro personne dans les zones à risques. Sans cela, les actions resteront toujours limitées, car nous ne pouvons pas contrôler la nature », signale l’adjoint au maire de Treichville Jean-Roger Boto. Cela est-il possible ? « Non », pense Roger N’Dri N’Guessan, Président de l’Association intersyndicale des copropriétaires de Cocody. La solution, selon lui, c’est de parvenir à réduire le nombre de victimes ainsi que les dégâts matériels causés par les inondations. « Partout dans le monde, la pluie fait des victimes », souligne-t-il. Dire donc que la Côte d’Ivoire parviendra à zéro victime pendant les saisons des pluies, serait prétentieux, selon M. N’Guessan.

Raphaël TANOH

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