Des soulèvements qui en annoncent d’autres ?

La Côte d’Ivoire n’a pas encore tourné la page des violences intercommunautaires.

Le fait qu’aucune zone géographique du pays ne soit épargnée par ce genre de violence dénote de la complexité à résoudre ce genre de conflits opposant le plus souvent des communautés entre elles ou certaines communautés ou groupes d’intérêt politiques aux autorités administratives ou policières.

Le ton a été donné par le confrère gouvernemental Fraternité matin, qui, dans sa parution du 19 février, estime que pour à l’ouest du pays, « ces attaques, au regard du mode opératoire, semblent s’inscrire dans un plan global de déstabilisation de la région du Cavaly, en provoquant un affrontement intercommunautaire (…) et pour entrainer une paralysie de l’administration par une agression des symboles de l’État ». Le confrère n’hésite pas à pointer un doigt accusateur vers des ex miliciens de retour du Libéria voisin après une période d’exil. Sans pour autant écarter cette thèse, « vu la sensibilité de la zone et son passé récent, marqué par plusieurs conflits entre communautés, il faut aller plus loin dans les analyses et éviter de stigmatiser un peuple », avertit le juriste Abdoulkarim Doumbia, d’autant plus que des incidents ont été observés au nord, à l’est du pays et au centre du pays.

Conflits latents La Côte d’Ivoire traine plusieurs conflits depuis des lustres, sans jamais avoir pris le courage de les traiter à fond. Conflits qui, pour la plupart, tournent autour de l’occupation des terres. Au nord du pays, les conflits entre éleveurs et cultivateurs sont légions et les cultivateurs, plus nombreux, s’estiment toujours lésés par les décisions de justice. « Pour un champ d’un hectare ravagé par des bœufs, le paysan n’a droit qu’à 50 000 francs CFA comme dédommagement, contre 200 000 francs CFA pour dédommager un éleveur qui a vu son bœuf tué par un paysan en représailles », explique le Dr Brice Eddy Gnapia, spécialiste en résolution des conflits. Cette loi qu’il juge moins favorable aux paysans, peut être cause de frustration et de méfiance de ces derniers vis-à-vis des symboles de l’État et de ceux qui le représentent. À l’ouest du pays foisonnent les conflits autour de contrôle des terres cacaoyères entre autochtones et allogènes. Les autorités ont toujours opté pour un règlement à l’amiable, sans véritablement chercher à épuiser la question. « Ces conflits, qui mettent en jeu à la fois des intérêts économiques, électoraux et démographiques, sont très sensibles et il faut beaucoup et de souplesse d’esprit pour les aborder » poursuit le Dr Gnapia. Sans se voiler la face, les hommes politiques ont également surfé sur ces conflits, rendant encore plus complexe leur résolution et poussant certains à se retrancher et à adopter une posture de repli identitaire.

Fatoumata DOUMBIA 

 

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