Dobet Gnahore: Un talent aussi divers qu'ondoyant

L’inconnue qu’était Dobet Gnahoré s’est imposée aujourd’hui comme l’une des stars montantes de la musique urbaine mondiale.

 

A 30 ans, elle est déjà comparée aux sommités telles Myriam Makeba et Hughes Masekela. Une artiste au faîte de son art comme le prouve la centaine de spectacles qu’elle donne chaque année à travers le monde, soit un spectacle tous les 3 jours. Mais Dobet Gnahoré, c’est également la tête d’affiche multirécidiviste de tous les festivals qui se respectent. C’est la raffleuse notoire de trophées et autres distinctions, c’est l’enflammeuse professionnelle des plus grandes scènes du monde. Bref, un casier artistique très lourd. Et Malgré la reconnaissance internationale dont elle écope en ce moment, Dobet Gnahoré demeure une illustre inconnue dans son pays d’origine la Côte d’ivoire.

Elle est allée à bonne école.

Née le 17 juin 1982 à Abidjan, Dobet Gnahoré à grandi en Cote d’ivoire. Son penchant pour les arts s’affirme dès l’école primaire : elle préfère la danse à la marelle, les tambours aux poupées. Pouvait-il en être autrement quand on est la fille ainée de Bony Gnahoré, maître percussionniste de la compagnie Ki-yi M’bock d’Abidjan ? Aussi vrai que les chats n’enfantent pas de souris la fille du plus célèbre percussionniste de Cote d’Ivoire quitte l’école dès l’âge de 12 ans pour rejoindre la troupe de son père au village Ki-yi. C’est dans ce village artistique crée en 1980 par Wèrè-wèrè Liking pour la formation artistique des jeunes qu’elle entame son initiation à l’art de la danse, du chant, du théatre et de la percussion. Elle apprend aux côtés de certains des meilleurs artistes du continent Africain. Des artistes d’âge, de culture et d’origines divers qui résident tous en permanence dans le village. Des artistes qui pratiquent des disciplines aussi diverses que la sculpture, la peinture, la danse, le théatre, la musique. C’est qu’en créant le village Ki-yi, le rêve de Wèrè-wèrè Liking était de créer un mouvement pour l’émergence d’une culture panafricaine !

1996 marque un tournant dans la vie de Dobet Gnahoré. Cette année, Colin Laroche de Féline, un jeune guitariste français de 19 ans débarque dans le villlage artistique. Venu pour un stage de 3 jours apprendre les mélodies et rythmes africains, cet originaire d’Aix-en-provence arrive au Ki-yi M’bock juste au moment où le guitariste attitré de la troupe vient de partir et cela à quelque jours d’un spectacle important. Colin le remplacera à ce spectacle et deviendra pour les trois années qui suivront guitariste de la troupe. Mais en bon guitariste, il mettra également ces trois années à profit pour faire vibrer le cœur de la jeune Dobet. La belle et le blanc finissent par confondre instruments et sentiments. Et c’est finalement devant le maire que cette symphonie qui se jouait secrètement se conclura en 1999.

 

L’exil forcé.

Mais 1999, c’est également l’année où la Côte d’Ivoire connaît son premier coup d’état. Cet événement précipite ce pays considéré jusqu’alors comme l’un des plus stables du continent Africain dans un cycle d’instabilité politique et social. Le jeune couple est contraint d’aller s’installer à Marseille en France. Le duo travaille dans un premier temps tout seul sous le nom de Ano Neko (créons ensemble) en langue Bété. Il revient à quelques occasions en Côte d’Ivoire quand la situation socio-politique le permet. C’est le cas en 2001 lorsqu’il participe au Marché des Arts et du Spectacle Africain (MASA). Ce séjour est mis à profit pour enregistrer 8 titres sous la direction artistique de Feu Marcelin Yacé. Ces 8 titres, complétés plus tard en 2003 par d’autres titres enregistrés en Belgique, constitueront l’ossature du premier album portant le nom du duo et sorti en 2004. L’album Ano neko, fortement inspiré de la situation socio-politique en Cote d’Ivoire, est un appel à la paix, à l’espoir et à l’amour. Il est produit par le label belge Contre-jour, dénicheur de talent qui a pris en main la destinée du groupe depuis un an. D’autres musiciens, guitaristes, percussionnistes, choristes rejoindront la formation qui sera rebaptisée du nom de la danseuse. Grâce au soutien constant de leur label, à la fréquence des spectacles et aux performances de plus en plus convaincantes de la danseuse, le groupe Dobet Gnahoré gagne en notoriété. Le déclic viendra d’un événement anodin. Une invitation à participer à la tournée acoustique Africaine Putumayo en 2006 aux côtés de grands musiciens comme Vusi Mahlasela et Habib Koité. Le public est ravi et le groupe conquiert de nombreux fans à travers l’Europe et les Etats-Unis où le conduit cette tournée. L’Artiste remporte même le BBC Music Award de la Meilleure Révélation. Pouvait-on rêver de moment plus propice pour la sortie d’un second album ? Dès sa sortie en 2007, Na Afriki est directement propulsé dans les hit-parades de la world music. Le groupe est de plus en plus sollicité et enchaîne performances sur performances. Au point où il faut désormais négocier au moins 6 mois à l’avance pour lui arracher un contrat de spectacle. La discographie de l’artiste s’enrichit même d’un 3ème album avec la sortie de djekpa layou en 2010. Mais malgré ces allures vertigineuses que prend désormais leur carrière, Dobet et son français d’époux ne chôment pas sur le plan conjugal. Le couple à le temps de faire 2 filles : Kimia (la paix) 11 ans et Maeva (bienvenue) 10 mois.

Une artiste panafricaine.

Dobet Gnahoré est sans aucun doute l’artiste qui intègre le mieux la visée panafricaine du village Ki-yi où elle a été mise en contact avec de nombreuses cultures africaines. Elle chante en français, mais également dans une dizaine de langues africaines dont le Bété de Côte d’Ivoire, sa langue maternelle. Ses possibilités vocales infinies lui permettent de passer avec aisance d’une voix douce et mélodique à une voix chaude et puissante. Son registre musical est tout aussi étendu. Elle puise beaucoup dans les musiques traditionnelles ivoiriennes. Mais elle est également à l’aise avec les mélodies mandingues, la Rumba congolaise, le ziglibity ivoirien, le Bikoutsi Camerounais, Highlife ghanéen, les chœurs Zoulou, etc. Elle joue également d’un nombre impressionnant de petits instruments africains : la sanza, le balafon, la calebasse, les bongo. Le résultat de cet éclectisme musical c’est cette musique propre à elle. Une musique panafricaine moderne aux influences afro-pop.
Sur scène, chaque titre est accompagné d’un travail théâtral et chorégraphique poussé à l’extrême. Il faut en effet beaucoup d’énergie pour exécuter certaines des danses de Dobet Gnahoré. De la gymnastique même quelque fois. Tenez : à un moment donné du spectacle, elle est allongée sur le dos. L’instant d’après, elle se retrouve debout sur ses deux jambes après un bond fulgurant. Essayez ! Tout simplement impossible. Dobet défie les lois de la gravité et c’est ce qui plaît chez cette artiste aux multiples talents.

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