B
ouBAcAR
SANGARé
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Numéro 19 du 13 au 19 octobre 2016
Afrique & Monde
A
près le Mali, où elle était en
visite dimanche 9 octobre, la
chancelière allemande Angela
Merkel a été accueillie au Niger le
lundi 10 octobre, par le Président
Mahamadou Issoufou, puis en Éthio-
pie le lendemain. Le but recherché à
travers cette tournée africaine, était
d’intensifier la coopération de l’Alle-
magne avec l’Afrique pour freiner
les flux migratoires. Ce sujet est au
cœur de l’actualité allemande depuis
que la chancelière a décidé, en 2015,
d’accueillir environ 1 million de mi-
grants venus du Moyen Orient, mais
aussi de plusieurs pays africains.
De plus en plus critiquée pour ce
choix politique, Angela Merkel est au
plus bas dans les sondages. Consé-
quence, son parti a perdu plusieurs
élections locales au profit des socio-
démocrates et des conservateurs
proches de l’extrême droite, qui
agitent les peurs. Au Mali et au Niger,
deux pays du Sahel, les échanges
ont aussi porté sur la lutte contre le
terrorisme, pour laquelle l’Allemagne
est engagée à travers un appui mili-
taire à la mission onusienne présente
au Mali. En Éthiopie, pays qui affiche
l’un des taux de croissance les plus
forts sur le continent, l‘Allemagne,
4ème puissance économique mon-
diale, se positionne également pour
que ses entreprises profitent de ce
marché de 93 millions d’habitants.
Angela Merkel
Migration,
sécurité et économie
Le 15 octobre 1987 disparaissait Tho-
mas Sankara, président du Burkina
Faso de 1983 à 1987. Après la chute
du régime de Blaise Compaoré en
2014, une ère de vérité s’est ouverte
et des voix émergent pour exiger la
justice sur la mort tragique et encore
non élucidée du père de la révolution
burkinabè.
LES « HéRitiERS dE tHoMaS SaNKaRa », 29 aNS aPRèS…
L
e 4 août 1983, un coup d’État
mené par 4 jeunes sous-officiers,
intervenait en Haute-Volta. À leur
tête, le capitaine Thomas Sankara,
ancien secrétaire d’État à l’Informa-
tion et fugacement Premier ministre,
proclamait la révolution démocratique
et populaire qui devait faire de ce
pays devenu le Burkina Faso en 1984,
un modèle de refus de l’impérialisme
occidental. Mais le 15 octobre 1987,
il fut assassiné avec certains de ses
collaborateurs. Si son frère d’armes,
Blaise Compaoré, qui prit le pouvoir à
sa suite, fut toujours soupçonné d’en
être l’instigateur, 29 ans après les faits,
l’opinion s’impatiente de connaître la
vérité.
une icône
En quatre ans, le « Che Gue-
vara africain » a su définir un système
basé sur la valorisation et la consom-
mation des produits locaux. La probité
exemplaire de Sankara et les circons-
tances de sa mort, ont fait de lui une
icône sur le continent. Tous ceux qui
se réclament de son héritage exigent la
justice, d’où le symposium du 2 octobre
dernier, en prélude à la construction du
mémorial Thomas Sankara, qui a réuni
à Ouagadougou plus de 3 000 jeunes
venus du Burkina et de la sous-région,
appelés les « Héritiers de Thomas San-
kara ». « Nous ne réclamons pas la jus-
tice, nous l’exigeons, parce que Tho-
mas est mort pour nous », a lancé Fadel
Baro, leader du mouvement sénégalais
« Y’en a marre », lors du rassemble-
ment. Les évènements du 15 octobre
1987 sont restés tabous durant les 27
ans de règne de Blaise Compaoré. À sa
chute, le gouvernement de transition a
UNE SEMaiNE daNS LE MoNdE
Vladimir Poutine ne se rendra fina-
lement plus en France le 19 octobre
prochain pour inaugurer une cathé-
drale orthodoxe. La question syrienne,
qui a sérieusement tendu les relations
entre les deux pays, aura finalement
eu raison de ce déplacement. Depuis
plusieurs jours, les forces aériennes
russes bombardent des civils dans la
ville d’Alep, en soutien aux forces de
Bachar El Assad, et la Russie a mis son
veto samedi dernier à une résolution
présentée par la France au Conseil de
sécurité, pour imposer une cessation
des hostilités. Le Président Hollande,
qui faisait face à des critiques internes
en raison de cette visite, a finalement
exprimé son souhait de recevoir son
homologue, à condition que cette ren-
contre puisse « faire avancer la paix
», autrement dit, avec la question sy-
rienne au centre des échanges. Une
manière de forcer l’autre partie à an-
nuler la visite, ce que n’a pas manqué
de faire le chef du Kremlin, annonçant
qu’il irait en France quand le président
« Hollande sera prêt ».
broUIlle FranCo-rUSSe
B.S
L’ombre de
Thomas Sankara plane encore sur la politique burkinabé.
B.S
relancé l’enquête, mais rien n’a pour
le moment évolué.. Blaise Compaoré,
en exil en Côte d’Ivoire, est devenu
citoyen de ce pays, et donc probable-
ment intouchable. « Ceux qui ont tué
Thomas Sankara ont oublié que la vio-
lence du vent n’efface pas les traces
de léopard », déclarait pourtant Tahirou
Barry, ministre de la Culture.