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Journal d’Abidjan - l’Hebdo
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N° 01 du 09 au 15 juin 2016
Évènement
Quarante jours après l’allocution présidentielle du 1er mai, les Ivoiriens
restent, pour une grande part, dans l’expectative quant à une amélioration
de leur pouvoir d’achat. Tirée, entre autre, par la sécheresse d’avril-mai,
l’envolée des prix du secteur vivrier ne semble pas encore freinée, et en
différents endroits du pays, la population réclame, en plus de l’annulation
de la hausse des tarifs de l’électricité, des actes forts de la part des pou-
voirs publics.
J
e comprends les plaintes de nos
compatriotes face aux prix éle-
vés des denrées alimentaires et à
l’augmentation de nos factures d’eau et
d’électricité ». Au moment où le président
ivoirien Alassane Ouattara prononce ces
mots le jour de la Fête du Travail, Zacha-
rie Compaoré quitte la petite ville d’Akou-
pé en direction d’Abidjan. Il ne peut en-
tendre, depuis son bus, les promesses
de baisse des prix de l’eau, de l’électri-
cité et des denrées, qui sont saluées de
toute part. Et pour cause : s’il prend la
direction de la capitale économique ivoi-
rienne, c’est parce que cette même crise
a eu raison de son emploi, dans le sec-
teur de l’hévéa.
«Tout est devenu cher, on a plus d’hévéa
et moins d’aliments, on est obligé de
manger moins», témoigne le trentenaire
devant l’immeuble dans lequel il s’est
reconverti garde de sécurité. Symptoma-
tique de la raréfaction des denrées que
causent la sécheresse et le développe-
ment de l’hévéaculture au détriment des
plantations vivrières, son cas est loin
d’être isolé. De nombreuses personnes
sont durement touchées par cette hausse
des prix, et restent en général perplexes
quant aux annonces de l’exécutif.
Une attente importante.
Dans la chaleur
moite d’un petit marché couvert de Port-
Bouët (sud-d’Abidjan), l’atmosphère est
pesante. Les clientes arrivent au compte-
goutte, les vendeuses s’épongent le
front frénétiquement, les prix montent en
flèche. Derrière son étal, Odette N’da ne
semble pas sensible à la promesse prési-
dentielle de « lutte contre la spéculation et
les cartels » : «Les prix ont trop augmen-
té, je suis veuve avec onze enfants, je ne
mange presque rien le soir », se lamente-
t-elle, regardant d’un air las quelques
bananes dispersées sur sa table. Com-
merçante de viviers dans le même mar-
ché, Masseny Comara estime pour sa
part qu’« il faut des gens sur les marchés
pour contrôler, le président a parlé, mais
on attend les actes, lui, il n’est pas sur le
marché. Il faut qu’il voit que le panier de
la ménagère est devenu un sachet ! » Une
inquiétude que partage Victorine Adiko,
qui tient un stand à quelques mètres de
là. « Tout est devenu cher dans le mar-
ché, les bananes sont toutes petites, au
lieu de coûter 100 francs CFA, il m’arrive
d’en voir à 500 francs CFA ! On a rien
contre le président, il a tenu certaines de
ses promesses, mais qu’il fasse baisser
les prix », s’impatiente-t-elle. Même son
de cloche chez Marie-Jeanne Kouadio,
venue faire son marché avec sa jeune
fille dans les bras : « Nous les pauvres
on souffre. Le marché est toujours cher,
les 3.000 francs CFA que j’avais pris
pour mes courses d’aujourd’hui ne suf-
firont finalement pas à nourrir mes trois
enfants ».
Le reste du pays n’est pas épargné par
la crise. «Quand la pluie commence, la
banane devient moins chère, mais pour
l’heure, les choses sont encore coû-
teuses. Avec ce que le président a dit,
on pense que les choses vont diminuer,
sinon ça ne nous arrange pas trop », se
plaint Félicité depuis un marché de San-
Pedro, dans le Sud-Ouest ivoirien.
Vers une contagion ?
À Daloa, même
symptôme. Surtout, le risque d’une
contagion généralisée de cette hausse
des prix sur le reste de l’économie s’accen-
tue de jour en jour. « Avec la saison sèche,
il n’y a plus eu de bananes, les vivriers se
font rares sur le marché», explique Abou-
bakar Méïté, président des commerçants
de la quatrième ville du pays. Dans le Nord
du pays, les habitants de Korhogo se re-
mettent difficilement des coupures d’eau
et de courant qui précèdent la saison des
pluies. « La hausse des prix se répercute
sur nous, qui sommes moins en formes,
nous avons moins d’eau pour subvenir
aux besoins alimentaires et hygiéniques
», déplore Lanciné Koné, membre d’une
coopérative d’artisans, qui désespère de
voir les visiteurs se faire rares dans leurs
galeries.
Dans un cybercafé du sud d’Abidjan, à la
sortie d’un marché, on compte les recettes
quotidiennes en pièces. « On n’a pas de
clients, même pour gagner 500 francs
CFA, c’est encore plus dur que pendant
la crise. Là, si tu n’as pas d’argent pour
manger, tu ne vas pas en avoir pour Inter-
net », explique celui qui se fait surnommer
Gara Gara le Dankoro, derrière son clavier.
Dans le local exigu, derrière un ordinateur,
un jeune diplômé fait part de ses attentes,
après le discours du 1er mai : « Il faut faire
la part des choses entre ce qui est dit et
POUVOIR D’ACHAT : LA VÉRITÉ SUR LA HAUSSE DES PRIX
Le risque d’une contagion généralisée de cette
hausse des prix sur le reste de l’économie s’ac-
centue de jour en jour.
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Le risque d’une contagion généralisée de cette hausse des prix sur le reste de l’économie s’accentue de jour en jour.
(Évolution sur une semaine)