Enseignement : l’inquiétante désaffection des enseignants

Le manque d’enseignants en Côte d’Ivoire est un problème qui dure depuis plusieurs décennies.

« Le millier de professeurs issus de cet établissement ne prennent pas tous la craie »

Le déficit d’enseignants en Côte d’Ivoire est devenu un problème permanent. Malgré l’assouplissement de la politique de recrutement de l’État, qui inclut notamment les contractuels et les recrutements exceptionnels, le gap continue de s’agrandir avec la construction de nouveaux établissements. Il n’est plus rare de trouver des écoles avec des déficits d’enseignants, notamment dans les matières les plus importantes. Là où le nombre d’apprenants grimpe, celui d’enseignants prend l’autre sens de l’ascenseur.  Que faire ? Les acteurs et les politiques semblent divisés sur la question.

En Côte d’Ivoire, la pénurie d’enseignants est presque devenue un problème inhérent à la politique scolaire du pays. Bref, ce n’est pas nouveau. Le pays compte environ 72 000 enseignants au secondaire pour un peu plus de 2,5 millions d’élèves, selon les statistiques scolaires 2020-2021. Soit un ratio de 1 enseignant pour 35 élèves. Ce qui n’est pas un réel problème. Cependant, le rapport mentionne que le nombre d’enseignants est en baisse, pendant que celui des élèves grimpe. Malgré tout, le gap actuel ne traduit pas la réalité des faits. Début janvier 2022, on a assisté à la manifestation de colère d’un groupe d’élèves de la ville d’Odienné pour réclamer plus d’enseignants. Cela fait environ une décennie que les autorités ivoiriennes sont à la tâche pour recruter toujours plus de professeurs et de maîtres. Hélas, il en manque environ 5 000 rien que pour pourvoir nos collèges et lycées sur toute l’étendue du territoire national. Lorsque les bénévoles ne parviennent pas à combler le vide, ce sont des années scolaires amputées pour des milliers d’élèves.

Double équation Pour comprendre ces chiffres un peu contradictoires, nous nous sommes adressés à l’École normale supérieure (ENS) d’Abidjan. Au niveau de l’ENS, l’on estime que le quota d’enseignants formés par an dépend des postes budgétaires disponibles. Ces postes oscillent entre 700 et 1 000. « Le concours d’entrée à l’ENS sert à recruter un certain nombre de personnes que l’État est en mesure de payer. Ce sont ces personnes que l’ENS forme », explique le Professeur N’Guessan Kouamé, Porte-parole des enseignants au sein de la structure. Depuis l’époque du Professeur Valy Sidibé, ancien Directeur général de ce prestigieux établissement, l’on n’a pas cessé de réclamer plus de postes budgétaires. En vain. Il faut dire que les autorités cherchent au contraire à réduire la masse salariale des fonctionnaires. Ainsi, le nombre d’enseignants formés à l’ENS pose problème. Le millier de professeurs issus de cet établissement ne prennent pas tous la craie. « Vous avez des enseignants qui, après leur formation, sont affectés dans des bureaux. Pour y faire quoi ? On l’ignore. D’autres sont formatés pour passer des concours. Ceux-là ne durent pas dans l’enseignement », explique Ekoun Kouassi, Secrétaire général du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (SYNESCI). En effet, selon l’ENS, pour la rentrée 2022-2023, près de 1 200 enseignants ont postulé pour le métier d’inspecteur. Environ 700 seront recrutés. Une autre perte à venir. Toutefois, le plus gros des problèmes vient des affectations. « Il y a une grande concentration d’enseignants dans la capitale économique. Les gens jouent de leurs relations pour être affectés à Abidjan. La conséquence, c’est qu’il n’y a pas grand monde à affecter à l’intérieur du pays en fin de compte. C’est un problème à prendre en compte quand on évoque la pénurie d’enseignants en Côte d’Ivoire », ajoute M. Kouassi. Il y a une discipline où le problème se pose avec beaucoup plus d’acuité : les mathématiques. « Chaque année, on nous demande de former environ 100 enseignants de mathématiques à l’ENS. Mais nous n’arrivons pas à atteindre ce quota. Les étudiants ne viennent pas dans cette discipline parce qu’elle est difficile. En général, ce sont des étudiants de sciences économiques qui y viennent», soupire le Professeur N’Guessan Kouamé. « Dans certains établissements, on a été obligé de transformer les professeurs de sciences physiques en professeurs de mathématiques», regrette Ekoun Kouassi.

Effectifs dégarnis D’un autre côté, ce manque d’enseignants de plus en plus notable est provoqué par les autorités. Surtout au primaire, où les instituteurs pointent du doigt la prise en main du préscolaire par l’État. Avec à son actif plus de 10 000 enseignants, selon Abba Eban, Président du Mouvement national pour l’union des enseignants de Côte d’Ivoire (MUNECI), le préscolaire a obligé l’État à dégarnir les effectifs du primaire. « Il n’y a pas d’enseignants formés pour encadrer les enfants au préscolaire. Par conséquent, l’État les prend parmi les instituteurs du primaire. Or le préscolaire s’étend de plus en plus. Donc nous nous retrouvons avec un manque d’enseignants dans les classes du primaire », note-t-il, en citant la décision récente du gouvernement d’installer une section préscolaire dans chaque établissement primaire public. Avant de poursuivre : « nous ne voyons vraiment pas l’utilité de dépenser autant de ressources pour le préscolaire. Cela n’améliore pas nécessairement le niveau des enfants quand ils arrivent au CP1 ». De ce problème découle le phénomène des bénévoles. Plusieurs établissements de l’intérieur du pays louent les services de ces bénévoles pour combler le manque d’enseignants. Pour entériner cette stratégie, le gouvernement a décidé le 14 septembre dernier de soumettre le recrutement de ces bénévoles à un test de qualité, histoire de relever leur niveau. Aucun recensement n’a encore été fait pour déterminer leur nombre. Ils sont recrutés et payés par les Comités de gestion des établissements scolaires (COGES) et sont autorisés par les directeurs d’établissements, qui s’assurent de leur niveau (entre le Bepc et le Bac pour le primaire. Bac plus, pour le secondaire).

Ratio élèves-enseignants

Pour Drissa Bamba, Président du Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH), il appartient aux autorités de solutionner le problème. « Il faut simplement bien faire les choses. Le premier constat que nous avons fait, c’est que le ratio élèves-enseignants est plus élevé au sud qu’au nord. Il y a plus d’enseignants dans les établissements du sud parce que les affectations sont mal faites », renchérit-il. L’organisation pointe du doigt la Direction des ressources humaines du ministère de l’Éducation nationale et de l’alphabétisation. « C’est la Fonction publique qui recrute les fonctionnaires. Elle les met ensuite à la disposition des Ressources humaines de chaque ministère concerné. À eux de les répartir », explique un proche collaborateur de la ministre de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration, Anne-Désirée Ouloto. La ministre Mariatou Koné qui a elle-même abordé le sujet pendant ses sorties lors de la rentrée scolaire 2021-2022, a déjà mis en garde ses propres services. «(…) On entend souvent dire qu’il faut payer avant de se faire affecter au mépris des règles administratives, que ce soit  vrai ou pas, je souhaite qu’il y ait des améliorations », prévenait-elle en juin dernier à Yamoussoukro, au cours des Assises de la Commission nationale des mutations des personnels enseignants et d’encadrement. Sa mise en garde a-t-elle été prise au sérieux ? « Nous l’espérons, parce que la ministre est pleine de détermination. Nous savons tous qu’elle ne peut pas tout chambouler d’un seul coup, parce que les habitudes ont la peau dure. Mais nous ferons le bilan le moment venu », note  Bertoni Kouamé, Porte-parole de la Coalition des enseignants du secteur éducation/formation de Côte d’Ivoire (COSEFCI).

Cependant, pour le MIDH, seul des programmes tels que le recrutement exceptionnel pourront combler le déficit d’enseignants. De leur côté, les bailleurs de fonds essayent d’épauler le gouvernement. C’est dans ce contexte que le Millennium challenge corporation (MCC) a décidé de participer au recrutement d’environ 2 000 enseignants en Côte d’Ivoire. Parmi eux, 1 000 seront formés à l’ENS d’Abidjan, 500 à l’ENS de Bouaké et 500 à l’ENS de San Pedro, en construction. Cette agence d’aide internationale participera notamment à la prise en charge des salaires de ces enseignants. « C’est déjà ça. Mais la véritable réponse à la question de la pénurie d’enseignants reste la volonté politique », conclut Drissa Bamba.

Raphaël TANOH

 

À LIRE AUSSI

APPELS D'OFFRES
L’Hebdo - édition du 26/01/2023
Voir tous les Hebdos
Edito
Par KODHO

Pour les humains et pour la planète

La 27ème édition de la Conférence annuelle des Nations unies sur le Climat, la COP27, s'est ouverte il y a quelques jours à Sharm El Sheikh, en Égypte. ...


Lire la suite
JDF TV L'actualité en vidéo
Recevez toute l’actualité

Inscrivez-vous à la Newsletter du Journal d'Abidjan et recevez gratuitement toute l’actualité

hacklink Backlinks Checker backlink sales betpas restbet supertotobet mersin escort canlı bahis gaziantep escort Viagra 100 mg fiyat Kamagra Jel fiyat Cialis 20 mg fiyat kalpli sigara marlboro double fusion captain black tekirdağ escort balıkesir escort çanakkale escort

cialis eczane fiyatları

penis sertleştirici ilaçlar ve isimleri

penis sertleştirici hap çeşitleri

degra

lifta

viagra

kamagra jel

cialis fiyat

cialis

viagra fiyat

viagra

Ankara Escort Ä°zmir Escort Antalya Escort Samsun escort Ankara escort Antalya escort