BAD : Akinwumi Adesina toujours sous pression

Les conclusions du comité d’éthique qui avaient blanchi le Président de la BAD (Banque africaine de développement), Akinwumi Adesina, ne convainquent pas tout le monde. En tout cas pas les USA, qui estiment qu’il y a des raisons d’émettre des réserves.

Le secrétaire d’État américain au Trésor, Steven Munchin, n’a pas manqué d’interpeller directement la ministre ivoirienne du Plan et développement, Kaba Nialé, par ailleurs Présidente du Conseil des gouverneurs, en lui indiquant  qu’il existait de « profondes réserves quant à l'intégrité du processus du comité ». Pour lui, il faudra ouvrir une « enquête approfondie » sur les allégations, en utilisant les services d'un enquêteur extérieur indépendant « de haut niveau professionnel ». L'intervention des États-Unis dans ce dossier se justifie par leur statut d'actionnaires de l'institution, avec une participation de 6,6% dans son capital.

Craintes « Nous craignons que le rejet massif de toutes les allégations sans enquêtes appropriées ne ternisse la réputation de cette institution comme ne respectant pas des normes élevées d'éthique et de gouvernance. Il s'agit d'un risque sérieux lorsque nous voulons que la BAD joue un rôle influent dans la crise économique et sanitaire mondiale actuelle », peut-on lire dans la lettre du secrétaire d'État américain. Ce dernier estime par ailleurs que toute dissimilation de faits de cette nature risque de ternir l’image de la Banque africaine de développement et jouera contre son influence à l’avenir. La  BAD se défend toutefois, en affirmant que cette déclaration « est inexacte et non fondée sur des faits ». « Elle met en cause l'intégrité de la BAD, sape ses systèmes de gouvernance et insinue à tort que l’institution fonctionne selon des normes différentes de la Banque mondiale », se défendent ses autorités. Deuxième actionnaire de la BAD, derrière le Nigeria, et premier bailleurs de fonds du guichet du Fonds africain de développement (FAD), qui sert 44 pays africains non éligibles au guichet central de la banque, l’Amérique a une voix qui compte, surtout auprès des membres non régionaux (les pays nordiques actionnaires de la banque partagent son point de vue sur ce dossier délicat).  L’Assemblée générale, dont la prochaine réunion est prévue fin août, promet d’être explosive et pourrait mettre à mal la candidature Akinwumi Adesina. Même s’il est soutenu par la majorité des pays africains, sa réélection est de plus en plus compromise.

Yvann AFDAL

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